Lors d’un débat l’opposant à l’élu LR, Florence Portelli, le journaliste Jean-Michel Apathie a affirmé sur les ondes de RTL que “la France a fait des centaines d'Oradour-sur-Glane en Algérie” et que “les Nazis se sont comportés comme nous l’avons fait en Algérie.”
Le journaliste français a rappelé les fameuses “enfumades” perpétrées contre les Algériens lors de la colonisation française.
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“Ce que nous avons fait, c’est que les villageois algériens se réfugiaient dans des grottes, on a muré les grottes, on a mis du bois devant les grottes, on a allumé du feu et on les a asphyxiés”, a-t-il dénoncé.
Cette sortie a provoqué un tollé chez les représentants politiques et médiatiques de l'extrême droite, qui ont accusé le journaliste de faire du “révisionnisme” en comparant le nazisme à la colonisation de l’Algérie.
Pourtant, loin d’être une simple assertion journalistique, les enfumades ont bel et bien eu lieu, comme en attestent aussi bien les archives que les témoignages de l’époque, une réalité difficile à admettre pour l’extrême droite.
“Fumez-les à outrance comme des renards !”
Les enfumades étaient une tactique employée par l'armée française lors de la conquête de l'Algérie, notamment en 1844 et 1845. Elles consistaient à asphyxier des personnes réfugiées dans une grotte en allumant des feux à l’entrée, privant ainsi les occupants d'oxygène et saturant l’espace de fumée.
Le nom le plus emblématique associé à ces pratiques peu glorieuses est sans doute celui du général Bugeaud. En octobre dernier, une avenue portant son nom dans le XVIᵉ arrondissement de Paris a été débaptisée et renommée avenue Hubert-Germain, marquant une volonté de prendre du recul sur cet héritage colonial controversé.
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Mais si les enfumades sont associées au nom du général Bugeaud, ce n’est pas parce qu’il en fut l’inventeur, mais parce qu’il en fut le commanditaire, contribuant à leur diffusion et à leur systématisation en donnant des ordres explicites à ses officiers.
Il écrivait ainsi : “Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ; fumez-les à outrance, comme des renards !”
En réalité, la première enfumade est attribuée au général Eugène Cavaignac, véritable instigateur de cette atrocité. En juin 1844, il ordonna le premier enfumage contre des Algériens partisans de l’émir Abdelkader, dans la région de Chlef.
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Le maréchal français François Canrobert, qui participa à l’opération aux côtés de Cavaignac, rapporte avec une froide précision :
“On pétarda l'entrée de la grotte et on y accumula des fagots, des broussailles. Le soir, le feu fut allumé. Le lendemain, quelques Sbéahs se présentaient à l'entrée de la grotte demandant l'aman à nos postes avancés. Leurs compagnons, les femmes et les enfants étaient morts. “
Ce témoignage illustre bien l'horreur de ces pratiques, visant à exterminer des populations entières sous prétexte de réprimer la résistance algérienne.
Enfumade de Dahra
Un des autres épisodes les plus connus est l’enfumade de Dahra en juin 1845, ordonnée par le colonel Pélissier. Des centaines de membres de la tribu des Ouled Riah, cherchant refuge dans des cavernes, ont été pris au piège par les soldats français qui ont bloqué les issues et allumé des feux à l’entrée. Selon certains témoignages, près d'un millier de personnes ont péri.
Dans un ouvrage publié en 1846, soit un an plus tard, l’historien Pitois Christian rapporte ainsi le “spectacle hideux” des enfumades :
“Quelle plume saurait rendre ce tableau ? Voir, au milieu de la nuit, à la faveur de la lune, un corps de troupes françaises occupé à entretenir un feu infernal ! Entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux ; le craquement des rochers calcinés s’écroulant, et les continuelles détonations des armes ! Dans cette nuit, il y eut une terrible lutte d’hommes et d’animaux ! Le matin, quand on chercha à dégager l’entrée des cavernes, un hideux spectacle frappa des yeux les assaillants.”
L’historien poursuit ainsi :
“Parmi ces animaux entassés sous eux, se trouvaient des femmes et des enfants. J’ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d’un bœuf. Devant lui était une femme tenant son enfant dans ses bras. Cet homme, il était facile de le reconnaître, avait été asphyxié, ainsi que la femme, l’enfant et le bœuf, au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal.”
Les exemples de ces atrocités ne se limitent pas aux premiers enfumages de 1844 et 1845. D’autres épisodes similaires ont eu lieu par la suite, comme l’enfumade de Laghouat en 1852, perpétrée sous le commandement du général Aimable Pélissier.
Là encore, des centaines de civils, y compris des femmes et des enfants, furent asphyxiés dans des grottes où ils avaient trouvé refuge.
Ces actes, loin d’être isolés, témoignent d’une stratégie délibérée visant à briser la résistance algérienne par la terreur et l’extermination. Aujourd’hui, les enfumades sont considérées comme un crime de guerre par de nombreux historiens et spécialistes de la colonisation.