20 ans après, la Charte de la diversité n'a rien donné
France
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20 ans après, la Charte de la diversité n'a rien donnéAncien commissaire à l’égalité des chances sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Yazid Sabeg, industriel, célèbre ce jeudi 6 février, à Paris, les 20 ans de la Charte de la diversité. L’occasion de dresser le bilan.
Cet ancien patron de la Compagnie des signaux, avait mis en place le plan banlieue quand il était commissaire à la diversité sous la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012) /
17 février 2025

L’État français a-t-il renoncé à promouvoir la diversité ? Selon Yazid Sabeg, industriel et ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le constat est clair. “L’État a fauté” en la matière. Or, et c’est bien le message de Yazid Sabeg, les questions de diversité relèvent de façon générale “des droits humains” .

Raison de plus pour sonner le tocsin, 20 ans après la signature de la fameuse Charte de la diversité signée par une trentaine d’entreprises à la fin de l’année 2004. Une étape clé dans le combat contre les discriminations essentiellement ethniques et la promotion d’une société plurielle en s’appuyant sur l’entreprise. “Les forces politiques ne sont pas les grands moteurs de transformation de la société française. En 2004, le changement passe par les intellectuels, les associations, les entreprises”, résume M. Sabeg.

En tant qu’homme d'affaires proche des milieux politiques, son combat pour la diversité se déplace tout naturellement vers l’entreprise, lieu propice à dérouler sa vision ouverte de la société française. La Charte de la diversité apparaît comme le résultat d’une vision qu’il nourrit depuis plusieurs années. Inciter les entreprises à revoir leurs processus de recrutement, la gestion des effectifs et des carrières. Dans une France convaincue de la solidité de ses principes républicains, la Charte de la diversité matérialise le caractère informulé du racisme structurel de la société française.

Initiateur du texte, Yazid Sabeg dresse un constat lucide et sans détour. “Vingt ans plus tard, il fallait faire le point avec ceux qui ont porté cette charte” . Si la Charte “a fait beaucoup de bruit à l’époque”, du fait de “l’évolution importante pour les entreprises” qu’elle apportait, inscrivant “la gestion de la diversité et des processus non discriminatoires et démocratiques” dans leurs politiques, une interrogation émerge. “Que s’est-il passé en 20 ans?”, martèle l’ancien commissaire.

Si l’on regarde les études, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une étude du CEGOS (entreprise spécialisée dans la formation professionnelle continue) parue en 2022, 63% des salariés déclarent avoir subi des discriminations au travail. Plus récemment, l’étude Being black in Europe, parue en 2024 a montré que les Européens d’origine africaine étaient plus discriminés (29%) que la population générale (21%) en France ; ce chiffre atteignant même 65% en Allemagne contre 16% pour le reste de la population.

“Rien n’a changé. La Charte n’a pas produit les effets escomptés”, constate-t-il. D’ailleurs, le débat est daté. “Aujourd’hui, le véritable enjeu est celui de l’inclusion”. Un objectif d’égalité pour tous fondé avant tout sur le droit. Le droit, Yazid Sabeg y est très attaché. Il plaide, d’ailleurs, pour la mesure de la diversité et les statistiques ethniques. Si certains poussent des cris d’orfraie à ce sujet, lui n’en agite qu’une seule, la loi. “Le Conseil d’État a statué en 2010 sur le sujet alors qu’il est commissaire à la diversité. Dans sa décision, il permet l’usage de ces statistiques à condition d’avoir un échantillon de 250 personnes minimum, de garantir l’anonymat et l’aspect volontaire”, détaille-t-il. Comment expliquer, alors, l’abandon de la mesure de la diversité, outil précieux pour progresser en la matière ? “François Fillon, alors Premier ministre de Nicolas Sarkozy, n’en a pas voulu. Il n’avait qu’à signer un décret…”, confie-t-il.

Au-delà de la diversité ethnique, Yazid Sabeg va plus loin, dénonçant les pyromanes de la laïcité en France. “Aujourd’hui la liberté de culte n’est plus assurée en France”, estime-t-il sans ambages. Et l’ancien commissaire de pointer “cette laïcité dévoyée”, détournée au nom de la préservation des principes républicains. “En réalité, au nom de ces dits-principes, la France va renier ses propres principes pour réifier son identité, dire ce qui est bon ou non pour la société, rejeter les musulmans parce qu’ils seraient trop régressifs et restreindre la liberté de culte”.

Les mots sont forts. En réalité, ils répondent au doute qui frappe la société française de plein fouet, certainement depuis la fin de son Empire et du développement de la mondialisation. Comme une réaction chimique, les élites françaises brandissent les principes républicains, qui dans les mots se déclarent égalitaires et pourfendeurs du racisme. La France n’est pas raciste. C’est écrit dans ses principes. Un point clé tant il est difficile d’attaquer des mots et des idées. Un peu comme la langue proverbiale.

Or, Yazid Sabeg, 20 ans après sa Charte de la diversité, appuie là où cela fait mal.

“La vraie diversité touche fondamentalement à la race. La Constitution parle de race, on est égaux quelle que soit sa race”. Un discours direct, teinté de radicalité. C’est l’époque qui veut ça. Peut-être aussi, les barricades portées par les populations concernées, éreintées de lutter pour l’équité, écœurées par ce que la République prétend être.

La France n'a pas relevé le défi du métissage

En 2025, Yazid Sabeg est non seulement intarissable mais aussi fin connaisseur de la question et surtout de ce qu’elle révèle de la société française. Il connaît bien les rouages du pouvoir et a identifié depuis bien longtemps ce qui grippe la machine à égalité à la française. Quand il est nommé au gouvernement en 2008 par Nicolas Sarkozy, alors président de la République, la mission est claire, “mobiliser toutes les ressources de l'État pour relever le "défi du métissage que nous adresse le XXIe siècle”.

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