Par Emmanuel Onyango
Une espèce rare d'antilope kenyane gardée dans des zoos américains pendant des décennies est rapatriée dans son pays d'origine, où son nombre à l'état sauvage est estimé à moins de 100.
Le bongo des montagnes (Tragelaphus eurycerus isaaci) est une sous-espèce d'antilopes en danger critique d'extinction que l'on ne trouvait à l'origine que dans le centre du Kenya.
Les bongos sont les troisièmes plus grandes antilopes du monde et se distinguent par leur pelage brun-rouge et leurs rayures verticales blanches.
La plupart de leurs effectifs ont été transférés du Kenya aux États-Unis dans les années 1960, dans le cadre d'une initiative du gouvernement colonial britannique.
Certaines antilopes ont également été transférées en Europe, les colonialistes ayant pillé les trésors africains.
Les animaux emmenés au Kenya sont les descendants de ceux expédiés par les puissances coloniales. Toutefois, les défenseurs de l'environnement estiment que cette nouvelle mesure contribuera grandement à la préservation de l'espèce.
"Cette action nous a en fait sauvés, car il n'en reste plus dans leur habitat d'origine. Nous sommes (maintenant) en mesure de demander qu'ils nous donnent ce qu'ils ont là-bas", explique Paul Udoto, porte-parole du Kenya Wildlife Services, à TRT Afrika.
"Nos partenaires aux États-Unis ont choisi de faciliter leur retour".
Le dernier lot de 17 bongos de montagne (12 femelles et 5 mâles) rapatriés au Kenya est arrivé dimanche de la Fondation du conservatoire des espèces rares (RSCF).
Ce rapatriement s'inscrit dans le cadre des efforts déployés par le pays d'Afrique de l'Est pour accroître la population locale de l'espèce. Ils formeront une population fondatrice dans le sanctuaire de Marania et Mucheene, dans le comté de Meru.
L'objectif est de porter la population de l'espèce à 750 animaux au cours des 50 prochaines années. Le directeur général du Kenya Wild Service, Erustus Kanga, a déclaré aux journalistes que les cages géantes en bois contenant les animaux étaient déchargées d'un avion-cargo à l'aéroport principal du pays, dans la capitale, Nairobi.
"Dans les trois prochains mois, nous devrions recevoir cinq individus de certains zoos d'Europe qui viendront apporter une certaine diversité génétique afin que nous puissions accroître la population ici", a-t-il déclaré.
"Tous les bongos de montagne qui existent, si nous leur en donnons l'occasion et si nous les soutenons, nous les ramènerons", a-t-il ajouté.
Les animaux seront placés dans un centre d'isolement pendant au moins trois mois pour être surveillés de près et s'acclimater à leur nouvel environnement avant d'être relâchés dans la nature, ont indiqué les autorités.
L'élevage et le ré-ensauvagement de l'espèce se poursuivent dans son habitat naturel au pied du mont Kenya, la plus haute montagne du pays.
La ministre kenyane du tourisme, Rebecca Miano, a déclaré que les bongos de montagne avaient "subi des souffrances indicibles au cours des décennies".
"De la perte d'habitat au braconnage et aux maladies, le nombre de bongos de montagne a diminué dans des proportions alarmantes. Pourtant, même face à ces difficultés, nous n'avons pas cédé aux pressions qui nous poussaient à abandonner cette espèce emblématique", a-t-elle ajouté.